• Spécialité de médecine
  • 10 ans après le bac

Médecin urgentiste : le métier en vrai

En 2024, les services d’urgence de France ont accueilli 21,3 millions de passages. Derrière chacun, quelqu’un a décidé vite : qui passe d’abord, ce qui est grave, et où le patient doit aller ensuite.

Durée
10 ans6 ans de médecine, puis 4 ans d’internat de médecine d’urgence
Internat 2026
545 postesouverts en médecine d’urgence, sur 10 260 au total
Où
L’hôpital77 % des structures d’urgence sont publiques, et tous les Samu
Rythme
Gardesde 12 ou 24 heures, nuits, week-ends et jours fériés compris

Aux urgences, personne ne prend rendez-vous. Une douleur dans la poitrine, un enfant qui respire mal, une chute à vélo, une personne âgée confuse : tout arrive en même temps, et rien n’arrive dans l’ordre. Le travail de l’urgentiste tient en trois verbes : trier ce qui ne peut pas attendre, stabiliser ce qui menace la vie, orienter chaque patient vers la bonne suite — une hospitalisation, un bloc opératoire, ou un retour à la maison avec la bonne ordonnance. C’est une spécialité à part entière depuis 2017, avec son propre internat. Sur cette fiche, on vous montre ce qu’est vraiment une garde, pour que vous puissiez vous projeter les yeux ouverts.

En salle d’accueil des urgences vitales, une médecin urgentiste coordonne trois soignants autour d’un brancard où un patient reçoit de l’oxygène.
La salle des urgences vitales : coordonner, et que chacun sache ce qu’il a à faire.

Votre journée — ou votre nuit — aux urgences

À l’aube, devant l’hôpital, une médecin en tenue d’intervention monte dans un véhicule du SMUR aux gyrophares bleus, un sac d’intervention à la main.
Le SMUR : soigner sur place, avant même l’hôpital.

Une garde type, dans un service d’urgences

  1. 8h30 — La relève. L’équipe de nuit vous transmet les patients encore présents : qui attend un examen, qui attend un lit, qui doit être revu. Rien ne s’arrête au changement d’équipe : c’est le moment où l’on ne doit rien perdre.

  2. 9h — Le tri a déjà commencé. À l’entrée, l’infirmier d’accueil évalue chaque patient et lui donne un niveau de gravité, du tri 1 (urgence vitale) au tri 5 (consultation simple). Ce tri décide de l’ordre de passage — pas l’heure d’arrivée.

  3. 10h — Les box. Vous enchaînez les patients : écouter, examiner, demander une prise de sang ou une radio, appeler le spécialiste de garde. Pour chacun, la même question : qu’est-ce qui ne doit surtout pas être raté ?

  4. 11h30 — Une urgence vitale. Un patient arrive en détresse respiratoire. Direction la SAUV (salle d’accueil des urgences vitales) : vous coordonnez l’équipe, les gestes s’enchaînent, chacun sait ce qu’il a à faire.

  5. 18h — Décider de la suite. Les résultats tombent : celui-ci est hospitalisé, celle-là rentre chez elle avec un rendez-vous, cet autre part au bloc. Orienter juste, c’est la moitié du métier.

  6. La nuit — La garde continue. Les patients continuent d’arriver, le tri continue, les décisions aussi. Au petit matin, c’est vous qui transmettez à l’équipe suivante : rien ne doit se perdre entre deux gardes.

  7. Un autre jour — Le SMUR. Les jours où vous êtes affecté au SMUR, le Samu vous envoie sur un accident ou un malaise : vous partez avec l’équipe mobile pour soigner sur place, avant même l’arrivée à l’hôpital.

Où vous pouvez exercer

Dans la salle de régulation du Samu, une médecin avec un casque-micro, concentrée devant ses écrans.
La régulation du 15 : écouter, évaluer, décider — au téléphone.

Trois terrains, un même métier

  1. Le service des urgences. Le cœur du métier. En 2024, la France comptait 682 structures d’urgence (générales ou pédiatriques), réparties dans 612 établissements de santé. La plupart sont publiques : 77 % des structures relèvent du secteur public.

  2. Le SMUR — l’hôpital qui se déplace. L’équipe mobile qui part en ambulance de réanimation, sur la route, à domicile, sur un lieu public. On en compte 407 en France. On y soigne dans des conditions que l’hôpital ne connaît pas : le froid, le bruit, le manque de place.

  3. La régulation au Samu — Centre 15. Au téléphone, vous écoutez, vous évaluez et vous décidez : un conseil, un médecin de garde, une ambulance, ou le SMUR. Les 100 Samu ont traité 22 millions de dossiers de régulation en 2024. Les Samu sont exclusivement publics.

Combien vous gagnez — et comment

Un salaire sur une grille, des gardes en plus

  1. Salarié de l’hôpital, sur une grille nationale. L’urgentiste exerce le plus souvent comme praticien hospitalier. Sa rémunération suit une grille à 13 échelons qu’on gravit à l’ancienneté : 55 607,79 € brut par an au 1ᵉʳ échelon (≈ 3 900 € net par mois), 112 416,56 € au 13ᵉ (≈ 7 900 € net). La grille complète est dans le livret ci-dessous.

  2. Les gardes s’ajoutent au salaire. Une nuit de garde, un dimanche ou un jour férié rapporte une indemnité de 422,03 € brut (211,01 € la demi-nuit), montant en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2024. Côté temps de travail, le référentiel national de 2014 prévoit 39 heures de travail clinique posté par semaine, et la réglementation plafonne le temps de travail à 48 heures, gardes comprises.

  3. L’internat est déjà payé. Les 4 années d’internat de médecine d’urgence sont salariées par l’hôpital : 19 406,35 € brut par an en 1ʳᵉ année, hors indemnités, puis une progression chaque année jusqu’au statut de docteur junior en dernière année (28 495,49 € brut par an). Chaque garde d’interne est payée en plus : 234,80 € brut en semaine, 256,86 € la nuit du samedi au dimanche, le dimanche ou un jour férié.

La grille du praticien hospitalier — les 13 échelons
ÉchelonDuréeBrut annuel≈ net / mois
Échelon 12 ans55 607,79 €≈ 3 900 €
Échelon 22 ans58 082,41 €≈ 4 050 €
Échelon 32 ans62 148,07 €≈ 4 350 €
Échelon 42 ans66 567,09 €≈ 4 650 €
Échelon 52 ans68 688,21 €≈ 4 800 €
Échelon 62 ans71 162,83 €≈ 5 000 €
Échelon 72 ans76 465,74 €≈ 5 350 €
Échelon 82 ans79 647,54 €≈ 5 600 €
Échelon 94 ans90 549,14 €≈ 6 350 €
Échelon 104 ans94 557,64 €≈ 6 600 €
Échelon 114 ans99 810,26 €≈ 7 000 €
Échelon 124 ans105 062,89 €≈ 7 350 €
Échelon 13dernier112 416,56 €≈ 7 900 €

Grille nationale des émoluments au 1ᵉʳ juillet 2023 (source MACSF). Le net mensuel est une estimation avant impôt. Il faut environ 32 ans pour atteindre le 13ᵉ échelon. S'ajoutent les gardes et astreintes (une astreinte : environ 70 à 280 € la nuit) et diverses primes d'engagement.

La grille de l'interne, année par année

Le salaire de base est fixé par arrêté : 19 406,35 € brut par an en 1ʳᵉ année (arrêté du 8 juillet 2022), soit ≈ 1 300 € net par mois avant toute indemnité — c'est le chiffre « bas » qu'on entend souvent. Les montants du tableau ajoutent les indemnités fixes (mais pas les gardes) :

Année d'internat≈ net / mois (hors gardes)Ce qui est compté
1ʳᵉ année≈ 1 600 €≈ 1 300 € de base + indemnité de sujétion (435,18 € brut/mois, versée les 4 premiers semestres seulement)
2ᵉ année≈ 1 750 €base + indemnité de sujétion
3ᵉ année≈ 1 900 €base seule : la sujétion s'arrête, la base augmente
4ᵉ année≈ 2 000 – 2 050 €prime de responsabilité incluse (179,50 € brut/mois) — hors médecine générale, où la 4ᵉ année est déjà l'année de docteur junior
5ᵉ année≈ 2 100 – 2 150 €prime de responsabilité incluse (356,16 € brut/mois)
Docteur junior (dernière année)≈ 2 200 – 2 300 €l'année en autonomie supervisée qui clôt l'internat — la 4ᵉ année en médecine générale, la 5ᵉ ou 6ᵉ ailleurs

Gardes en plus : 234,80 € brut la nuit de semaine (≈ 190 € net), 256,86 € la nuit du samedi au dimanche, le dimanche ou un jour férié — montants en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2024 (arrêté du 22 décembre 2023, revalorisation pérenne de 50 %). Avec 3 à 4 gardes par mois : ≈ + 550 à 750 € net.
Le temps de travail en face : 48 h par semaine maximum légal, gardes comprises — mais les enquêtes des syndicats d'internes mesurent ≈ 59 h en moyenne (≈ 50 h en médecine générale, jusqu'à ≈ 75 h en chirurgie), et 8 internes sur 10 dépassent le plafond.

Le chemin depuis la Terminale

  1. 1 anPremière année
  2. 2 ans2ᵉ et 3ᵉ années
  3. 3 ansExternat
  4. 4 ansInternat de médecine d’urgence
10 ans après le bac, dont 4 ans d’internat dans la spécialité — salarié de l’hôpital dès la première année d’internat.

7 étapes — 10 ans

  1. Terminale — Parcoursup. Vous formulez vos vœux pour rejoindre les études de santé. Un dossier régulier et des spécialités scientifiques sont vos meilleurs alliés.

  2. La première année de santé — 1 an. L’année d’entrée, commune à médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie, avec un classement qui décide de votre admission en 2ᵉ année. Installer une vraie méthode de travail dès les premières semaines y fait une grande différence.

  3. 2ᵉ et 3ᵉ années — 2 ans. Les sciences médicales, la sémiologie (l’art de reconnaître les signes des maladies) et les premiers stages à l’hôpital.

  4. L’externat, de la 4ᵉ à la 6ᵉ année — 3 ans. La moitié du temps à l’hôpital. En 6ᵉ année, deux épreuves nationales : les EDN (épreuves de connaissances, sur tablette) et les ECOS (examens cliniques, face à des patients simulés). La note finale compte les EDN pour 60 %, les ECOS pour 30 % et votre parcours pour 10 % : elle vous permet de choisir votre spécialité et votre ville.

  5. Internat, phase socle — 1 an. Vous entrez dans le diplôme d’études spécialisées de médecine d’urgence. Première année : les bases du métier, en stage à l’hôpital.

  6. Internat, phase d’approfondissement — 2 ans. Vous montez en autonomie, de stage en stage : vos gardes, vos patients, vos décisions, toujours encadré.

  7. Docteur junior — la dernière année. Un an de consolidation dans des structures d’urgence, en autonomie supervisée. Avec la thèse, vous voilà docteur en médecine, spécialiste en médecine d’urgence.

Durée vérifiée sur le texte en vigueur : l’internat de médecine d’urgence dure 8 semestres (1 an + 2 ans + 1 an). Un passage à 5 ans a été discuté, mais aucun texte ne l’a adopté ; l’arrêté du 5 juin 2026, entré en vigueur le 1ᵉʳ septembre 2026, ne modifie pas cette maquette. Pour la première année, une licence unique doit remplacer le PASS et la LAS à partir de la rentrée 2027 : elle restera classante.

Avant de vous décider

Fait pour vous si…

Vous aimez quand rien ne se ressemble : chaque patient est une nouvelle enquête, à mener vite. Vous gardez votre calme quand tout s’agite, vous aimez le travail d’équipe, et décider ne vous fait pas peur. Vous voulez voir de tout : l’enfant, le sportif, la personne âgée, le cœur, le cerveau, l’os.

Ce qu’on vous dit moins

Des gardes de 12 ou 24 heures, des nuits, des week-ends, des semaines qui montent à 40 ou 48 heures, et des services parfois saturés. On suit rarement un patient dans la durée — vous le stabilisez, puis il part. Et le rythme se négocie avec sa vie personnelle pendant toute la carrière.

Sources

Chaque chiffre de cette page vient de l’une de ces sources, vérifiées le 22 octobre 2026.

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