Aux urgences, personne ne prend rendez-vous. Une douleur dans la poitrine, un enfant qui respire mal, une chute à vélo, une personne âgée confuse : tout arrive en même temps, et rien n’arrive dans l’ordre. Le travail de l’urgentiste tient en trois verbes : trier ce qui ne peut pas attendre, stabiliser ce qui menace la vie, orienter chaque patient vers la bonne suite — une hospitalisation, un bloc opératoire, ou un retour à la maison avec la bonne ordonnance. C’est une spécialité à part entière depuis 2017, avec son propre internat. Sur cette fiche, on vous montre ce qu’est vraiment une garde, pour que vous puissiez vous projeter les yeux ouverts.

Votre journée — ou votre nuit — aux urgences

Une garde type, dans un service d’urgences
8h30 — La relève. L’équipe de nuit vous transmet les patients encore présents : qui attend un examen, qui attend un lit, qui doit être revu. Rien ne s’arrête au changement d’équipe : c’est le moment où l’on ne doit rien perdre.
9h — Le tri a déjà commencé. À l’entrée, l’infirmier d’accueil évalue chaque patient et lui donne un niveau de gravité, du tri 1 (urgence vitale) au tri 5 (consultation simple). Ce tri décide de l’ordre de passage — pas l’heure d’arrivée.
10h — Les box. Vous enchaînez les patients : écouter, examiner, demander une prise de sang ou une radio, appeler le spécialiste de garde. Pour chacun, la même question : qu’est-ce qui ne doit surtout pas être raté ?
11h30 — Une urgence vitale. Un patient arrive en détresse respiratoire. Direction la SAUV (salle d’accueil des urgences vitales) : vous coordonnez l’équipe, les gestes s’enchaînent, chacun sait ce qu’il a à faire.
18h — Décider de la suite. Les résultats tombent : celui-ci est hospitalisé, celle-là rentre chez elle avec un rendez-vous, cet autre part au bloc. Orienter juste, c’est la moitié du métier.
La nuit — La garde continue. Les patients continuent d’arriver, le tri continue, les décisions aussi. Au petit matin, c’est vous qui transmettez à l’équipe suivante : rien ne doit se perdre entre deux gardes.
Un autre jour — Le SMUR. Les jours où vous êtes affecté au SMUR, le Samu vous envoie sur un accident ou un malaise : vous partez avec l’équipe mobile pour soigner sur place, avant même l’arrivée à l’hôpital.
Où vous pouvez exercer

Trois terrains, un même métier
Le service des urgences. Le cœur du métier. En 2024, la France comptait 682 structures d’urgence (générales ou pédiatriques), réparties dans 612 établissements de santé. La plupart sont publiques : 77 % des structures relèvent du secteur public.
Le SMUR — l’hôpital qui se déplace. L’équipe mobile qui part en ambulance de réanimation, sur la route, à domicile, sur un lieu public. On en compte 407 en France. On y soigne dans des conditions que l’hôpital ne connaît pas : le froid, le bruit, le manque de place.
La régulation au Samu — Centre 15. Au téléphone, vous écoutez, vous évaluez et vous décidez : un conseil, un médecin de garde, une ambulance, ou le SMUR. Les 100 Samu ont traité 22 millions de dossiers de régulation en 2024. Les Samu sont exclusivement publics.
Combien vous gagnez — et comment
Un salaire sur une grille, des gardes en plus
Salarié de l’hôpital, sur une grille nationale. L’urgentiste exerce le plus souvent comme praticien hospitalier. Sa rémunération suit une grille à 13 échelons qu’on gravit à l’ancienneté : 55 607,79 € brut par an au 1ᵉʳ échelon (≈ 3 900 € net par mois), 112 416,56 € au 13ᵉ (≈ 7 900 € net). La grille complète est dans le livret ci-dessous.
Les gardes s’ajoutent au salaire. Une nuit de garde, un dimanche ou un jour férié rapporte une indemnité de 422,03 € brut (211,01 € la demi-nuit), montant en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2024. Côté temps de travail, le référentiel national de 2014 prévoit 39 heures de travail clinique posté par semaine, et la réglementation plafonne le temps de travail à 48 heures, gardes comprises.
L’internat est déjà payé. Les 4 années d’internat de médecine d’urgence sont salariées par l’hôpital : 19 406,35 € brut par an en 1ʳᵉ année, hors indemnités, puis une progression chaque année jusqu’au statut de docteur junior en dernière année (28 495,49 € brut par an). Chaque garde d’interne est payée en plus : 234,80 € brut en semaine, 256,86 € la nuit du samedi au dimanche, le dimanche ou un jour férié.
La grille du praticien hospitalier — les 13 échelons
| Échelon | Durée | Brut annuel | ≈ net / mois |
|---|---|---|---|
| Échelon 1 | 2 ans | 55 607,79 € | ≈ 3 900 € |
| Échelon 2 | 2 ans | 58 082,41 € | ≈ 4 050 € |
| Échelon 3 | 2 ans | 62 148,07 € | ≈ 4 350 € |
| Échelon 4 | 2 ans | 66 567,09 € | ≈ 4 650 € |
| Échelon 5 | 2 ans | 68 688,21 € | ≈ 4 800 € |
| Échelon 6 | 2 ans | 71 162,83 € | ≈ 5 000 € |
| Échelon 7 | 2 ans | 76 465,74 € | ≈ 5 350 € |
| Échelon 8 | 2 ans | 79 647,54 € | ≈ 5 600 € |
| Échelon 9 | 4 ans | 90 549,14 € | ≈ 6 350 € |
| Échelon 10 | 4 ans | 94 557,64 € | ≈ 6 600 € |
| Échelon 11 | 4 ans | 99 810,26 € | ≈ 7 000 € |
| Échelon 12 | 4 ans | 105 062,89 € | ≈ 7 350 € |
| Échelon 13 | dernier | 112 416,56 € | ≈ 7 900 € |
Grille nationale des émoluments au 1ᵉʳ juillet 2023 (source MACSF). Le net mensuel est une estimation avant impôt. Il faut environ 32 ans pour atteindre le 13ᵉ échelon. S'ajoutent les gardes et astreintes (une astreinte : environ 70 à 280 € la nuit) et diverses primes d'engagement.
La grille de l'interne, année par année
Le salaire de base est fixé par arrêté : 19 406,35 € brut par an en 1ʳᵉ année (arrêté du 8 juillet 2022), soit ≈ 1 300 € net par mois avant toute indemnité — c'est le chiffre « bas » qu'on entend souvent. Les montants du tableau ajoutent les indemnités fixes (mais pas les gardes) :
| Année d'internat | ≈ net / mois (hors gardes) | Ce qui est compté |
|---|---|---|
| 1ʳᵉ année | ≈ 1 600 € | ≈ 1 300 € de base + indemnité de sujétion (435,18 € brut/mois, versée les 4 premiers semestres seulement) |
| 2ᵉ année | ≈ 1 750 € | base + indemnité de sujétion |
| 3ᵉ année | ≈ 1 900 € | base seule : la sujétion s'arrête, la base augmente |
| 4ᵉ année | ≈ 2 000 – 2 050 € | prime de responsabilité incluse (179,50 € brut/mois) — hors médecine générale, où la 4ᵉ année est déjà l'année de docteur junior |
| 5ᵉ année | ≈ 2 100 – 2 150 € | prime de responsabilité incluse (356,16 € brut/mois) |
| Docteur junior (dernière année) | ≈ 2 200 – 2 300 € | l'année en autonomie supervisée qui clôt l'internat — la 4ᵉ année en médecine générale, la 5ᵉ ou 6ᵉ ailleurs |
Gardes en plus : 234,80 € brut la nuit de semaine (≈ 190 € net), 256,86 € la nuit du samedi au dimanche, le dimanche ou un jour férié — montants en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2024 (arrêté du 22 décembre 2023, revalorisation pérenne de 50 %). Avec 3 à 4 gardes par mois : ≈ + 550 à 750 € net.
Le temps de travail en face : 48 h par semaine maximum légal, gardes comprises — mais les enquêtes des syndicats d'internes mesurent ≈ 59 h en moyenne (≈ 50 h en médecine générale, jusqu'à ≈ 75 h en chirurgie), et 8 internes sur 10 dépassent le plafond.
Le chemin depuis la Terminale
- 1 anPremière année
- 2 ans2ᵉ et 3ᵉ années
- 3 ansExternat
- 4 ansInternat de médecine d’urgence
7 étapes — 10 ans
Terminale — Parcoursup. Vous formulez vos vœux pour rejoindre les études de santé. Un dossier régulier et des spécialités scientifiques sont vos meilleurs alliés.
La première année de santé — 1 an. L’année d’entrée, commune à médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie, avec un classement qui décide de votre admission en 2ᵉ année. Installer une vraie méthode de travail dès les premières semaines y fait une grande différence.
2ᵉ et 3ᵉ années — 2 ans. Les sciences médicales, la sémiologie (l’art de reconnaître les signes des maladies) et les premiers stages à l’hôpital.
L’externat, de la 4ᵉ à la 6ᵉ année — 3 ans. La moitié du temps à l’hôpital. En 6ᵉ année, deux épreuves nationales : les EDN (épreuves de connaissances, sur tablette) et les ECOS (examens cliniques, face à des patients simulés). La note finale compte les EDN pour 60 %, les ECOS pour 30 % et votre parcours pour 10 % : elle vous permet de choisir votre spécialité et votre ville.
Internat, phase socle — 1 an. Vous entrez dans le diplôme d’études spécialisées de médecine d’urgence. Première année : les bases du métier, en stage à l’hôpital.
Internat, phase d’approfondissement — 2 ans. Vous montez en autonomie, de stage en stage : vos gardes, vos patients, vos décisions, toujours encadré.
Docteur junior — la dernière année. Un an de consolidation dans des structures d’urgence, en autonomie supervisée. Avec la thèse, vous voilà docteur en médecine, spécialiste en médecine d’urgence.
Durée vérifiée sur le texte en vigueur : l’internat de médecine d’urgence dure 8 semestres (1 an + 2 ans + 1 an). Un passage à 5 ans a été discuté, mais aucun texte ne l’a adopté ; l’arrêté du 5 juin 2026, entré en vigueur le 1ᵉʳ septembre 2026, ne modifie pas cette maquette. Pour la première année, une licence unique doit remplacer le PASS et la LAS à partir de la rentrée 2027 : elle restera classante.
Avant de vous décider
Fait pour vous si…
Vous aimez quand rien ne se ressemble : chaque patient est une nouvelle enquête, à mener vite. Vous gardez votre calme quand tout s’agite, vous aimez le travail d’équipe, et décider ne vous fait pas peur. Vous voulez voir de tout : l’enfant, le sportif, la personne âgée, le cœur, le cerveau, l’os.
Ce qu’on vous dit moins
Des gardes de 12 ou 24 heures, des nuits, des week-ends, des semaines qui montent à 40 ou 48 heures, et des services parfois saturés. On suit rarement un patient dans la durée — vous le stabilisez, puis il part. Et le rythme se négocie avec sa vie personnelle pendant toute la carrière.
Sources
Chaque chiffre de cette page vient de l’une de ces sources, vérifiées le 22 octobre 2026.
- Arrêté du 21 avril 2017 relatif aux connaissances, aux compétences et aux maquettes de formation des diplômes d’études spécialisées (version en vigueur au 22 octobre 2026)Légifrance
- Arrêté du 5 juin 2026 modifiant les maquettes de formation des diplômes d’études spécialisées (JO du 6 juin 2026, en vigueur le 1ᵉʳ septembre 2026)Fédération hospitalière de France
- Médecin urgentiste — fiche métier (mise à jour le 18 septembre 2026)Onisep
- Les établissements de santé, édition 2026 — fiche 21 : la médecine d’urgence (juillet 2026)DREES (ministère de la Santé)
- 237 200 médecins sont en activité en France au 1ᵉʳ janvier 2025 (28 juillet 2025)DREES
- Arrêté du 4 août 2026 fixant le nombre d’étudiants de troisième cycle des études de médecine susceptibles d’être affectés, par spécialité, au titre de l’année universitaire 2026-2027Légifrance — JORF n° 0181 du 5 août 2026
- Épreuves dématérialisées nationales (EDN) : la réforme du deuxième cycle en actionCentre national de gestion (CNG)
- Référentiel « Infirmier organisateur de l’accueil » (2020) — tri FRENCHSociété française de médecine d’urgence (SFMU)
- Temps de travail des urgentistes : circulaire DGOS du 22 décembre 2014Fédération hospitalière de France (8 janvier 2015)
- Arrêté du 29 juin 2023 relatif aux émoluments des praticiens hospitaliers, des internes et des docteurs juniors (JORF du 2 juillet 2023)Légifrance
- Les majorations des indemnités de gardes du personnel médical sont pérennisées à compter du 1ᵉʳ janvier 2024 (arrêté du 22 décembre 2023)Fédération hospitalière de France (3 janvier 2024)
- La réforme de la première année : vers une simplification de l’accès aux études de santé (dossier de presse, 17 avril 2026)Ministère de l’Enseignement supérieur et ministère de la Santé